mardi 26 octobre 2010

"Bien vivre à Bihorel" et Trilogie du Bonheur

Tous les « Jacques Attali » et autres troubadours de la mondialisation, nous l’avaient annoncée heureuse, cette planète qui ne serait plus qu’un grand village. 

"Distri Center" est de ceux qui font le trait d’union entre les esclaves asiatiques qui fabriquent des produits et les chômeurs européens qui les consomment. Remarquons que les premiers ont hérité du boulot des seconds qui eux-mêmes n’ayant plus de pognon, ont du coup de plus en plus besoin des produits fabriqués par les premiers. On vit une époque formidable, comme le disait Reiser.

Demain s’ouvre à Bihorel un magasin "Distri Center", dernière pièce constituant la trilogie du bonheur pour « Bien vivre à Bihorel » vu par le Freluquet. Cette trilogie, qui se décline sur 300 mètres de bitume (qui se sont substitués à de la terre agricole), peut se résumer ainsi : 
         - après avoir claqué en partie votre paye chez  "Super U" à Bihorel pour vous nourrir de mal bouffe grossissante, vous pourrez aller vous faire racketter chez "Accrosport ", toujours à Bihorel, afin de perdre votre embonpoint et autres culotte de cheval et comme vous aurez perdu du poids mais n’aurez plus un rond, vous pourrez dans un dernier effort traverser le parking et vous refaire une garde robe chez "Distri Center" sur le dos de plus pauvres et d’encore plus exploités que vous. Elle n'est pas belle la vie à Bihorel?
Super U, Accrosport, Distri Center: la trilogie du bonheur pour "Bien Vivre à Bihorel ».
C.D

mercredi 20 octobre 2010

Impressions de Manif

Solidarité lycéenne pour régime "cheminots"

Samedi d’octobre, jour de manif. Je n’avais pas battu le pavé depuis…depuis une manif un autre samedi, de mars celui là, contre le CPE. C’était en 2006, autant dire que Victor était en culotte courte et ne faisait pas encore le désespoir de ses parents en étant devenu communiste (je plaisante).
Problème des retraites ? La gauche tout au long de ses années de pouvoir n’a jamais voulu s’attaquer à la question par simple souci électoral. Je l’ai déjà écrit ici, la réforme des retraites du gouvernement Fillon est une mauvaise réforme qui apporte de mauvaises réponses à des questions mal posées. Mais elle a le mérite d’exister et de constituer « un pas en avant ». Demander des aménagements, des améliorations, son amendement, c’est faire un deuxième pas en avant.
Voilà pourquoi, ce samedi, je suis là, planté sur le bord du trottoir, place du Général de Gaulle (j’ai eu la flemme de descendre jusqu’au cours Clemenceau). Je regarde ce (très) long fleuve humain qui s’écoule dans le calme, je dirais même presque dans la torpeur. Cela ressemble parfois à une marche silencieuse. Manque d’enthousiasme, citoyens désabusés, manifestants blasés? Je ne sais.
Bref, je suis là un peu comme au mois de mars ou de novembre sur les bords de la grande bleue, quand je trempe un orteil dans l’eau, me demandant « alors t’y vas ou pas ? ». Aujourd’hui ce n’est pas une question de température, mais je ne trouve pas ma place. Dans quelle partie intégrer ce cortège? Toutes ces banderoles me sont étrangères. Certaines, rien qu’à leur vue, me filent des démangeaisons. Alors je continue d’observer tous ces manifestants.
Je n’y vois pas beaucoup de jeunes actifs, un peu comme si les 20/35 ans avaient deviné qu’ils étaient les dindons de la farce qui s’écrivait en cet automne 2010.
Ce n’est pas tout à fait exact et je ne peux m’empêcher de rigoler lorsque passent « les cheminots », Sud Rail ou CGT. Là, des jeunes, il y en a, il n’y a même que ça d’ailleurs et pour cause, à 52 ans à la SNCF, sonne l’heure des charentaises. Finalement les bénéficiaires, c’est eux aussi. La reforme ne touche pas à leur régime spécial ou si peu (l’âge de la retraite passera pour les roulants de 52 à 54 ans en 2017). Et les lycéens, étudiants, collégiens, qui sont un peu plus loin dans ce défilé devront en porter, sur leurs épaules, la charge financière pendant les quarante à cinquante prochaines années. Alors solidaires les jeunes ou dindes qui manifestent pour que la date de Noël soit avancée?
Je ne sais toujours pas où rentrer dans ce cortège. Arrivent les révoltés de la cité administrative et du Conseil Général. Bon, je ne vais pas « casser du fonctionnaire » mais en terme d’usure, ceux que je vois passer là, peuvent encore servir un bon moment. N’empêche, ils ont l’air soucieux. Sans doute à cause de cette question existentialiste qui mine la perspective de leurs retraites : comment la vivre ? Camping car ou voilier? 
Juste derrière, les postiers ! Ceux là, ce sont mes préférés, surtout ceux du tri de Saint Etienne du Rouvray. C’est grâce à eux que depuis un mois le courrier que j’expédie s’en va au petit bonheur la chance, que j’attends les chèques de mes clients pour payer les factures et les charges sociales, que mi-octobre je reçois du courrier expédié début septembre. Je ne vais quand même pas défiler avec des gugusses qui me pourrissent la vie depuis un mois pour ne pas dire des années avec leurs grèves à répétition et à tous bouts de champs.
Bon, voyons derrière, c’est qui? 
Des enseignants ! J’aurais dû deviner. Ils sont habillés et rasés comme des SDF.  Bien sûr, ils ne représentent qu’une partie du corps professoral, mais pour cette partie là, on ne s’étonnera pas qu’apprendre le respect à leurs élèves, ce ne soit pas de la tarte.

Finalement, je me suis rangé derrière les « Bleu, Blanc, Rouge », cela ne vous surprendra pas. Enfin ces trois couleurs sont dans leur logo. Et puis ce faisant, j’ai mis mes pas dans ceux de mon père. Il a milité 35 ans dans la fédération des métallos. En 2006, on a défilé ensemble, lui et moi, contre le CPE. Aujourd’hui, il serait là, d’ailleurs…..
J’ai quitté la manif au théâtre des arts. J’y ai fait un passage symbolique, peut être plus pour me donner bonne conscience que par conviction. On a ses jours de faiblesse ou de doute.
Cependant, j’y ai quand même vu quelques membres de la classe ouvrière. Ceux pour qui « pénibilité » est un mot qui se vit au quotidien. Ceux dont la peau, pour toujours, garde l’odeur de la fumée des huiles brûlées qui flotte dans l’air des ateliers. Ceux dont les mains sont crevassées par l’acidité du ciment. Finalement, j’aurais dû marcher encore un peu plus longtemps.
Juste pour eux.
C.D

mardi 19 octobre 2010

Cette nouvelle tribu de gens qui votent démocrate

"Il y a quelques années Vivian avait vendu à deux couples de hippies une jolie fermette sur la route. Vivian m'avait alors dit que ce n'était sûrement pas des hippies à l'ancienne, car ils avaient payé la ferme en liquide et l'un des couples possédait une Volvo flambant neuve. Toujours est-il que les deux hommes portaient volontiers des fringues en cuir, et les femmes des robes paysannes à volants pour préparer beaucoup de pâtisseries qui n'étaient pas très bonnes. L'une de ces femmes, une certaine Deborah, m'a déclaré que de toute évidence j'avais besoin de manger davantage de lin. Très vite, les hommes se sont mis à porter des salopettes. Ils ont acheter un tracteur qu'ils conduisaient de-ci de-là sans but apparent. Ils élevaient une centaine de poulets pour leur chair et leurs œufs, mais n'avaient pas le courage d'en tuer un afin de le manger. (...) J'ai attrapé un veau pour que la hippie puisse le caresser. Elle a fondu en larmes à cause de la beauté de cette bête. Aucun d'entre eux ne semblait connaître quoi que ce soit à rien mais ils étaient pleins de bonnes intentions. Un dimanche, nous sommes allés chez eux pour nous régaler d'un pique-nique de poulets carbonisés. Il y avait là un grand nombre de leurs amis venus du sud de l'état. La plupart des voitures étaient plutôt tape-à-l'œil. Tous ces gens parlaient comme s'ils étaient les êtres les plus fascinants de la planète, mais je n'ai pas surpris la moindre conversation intéressante. Ils faisaient partie de cette nouvelle tribu de gens qui votent démocrate, mais qui ne connaissent apparemment aucun travailleur. Ils ne frayaient qu'entre eux. Un automne, à l'approche des habituelles rigueurs de l'hiver, les deux couples ont déménagé pour s'installer à Maui dans les îles hawaiiennes. Ils ont été très déçus quand nous avons refusé de récupérer leurs vieux poulets ou de racheter leur tracteur."


Jim Harrison, Une Odyssée américaine

jeudi 14 octobre 2010

« Le sourire à visage humain », un portrait de Ségolène Royale signé Philippe Muray


Le sourire à visage humain, 
Notre époque ne produit pas que des terreurs innommables, prises d’otages à la chaîne, réchauffement de la planète, massacres de masse, enlèvements, épidémies inconnues, attentats géants, femmes battues, opérations suicide. Elle a aussi inventé le sourire de Ségolène Royal. C’est un spectacle de science-fiction que de le voir flotter en triomphe, les soirs électoraux, chaque fois que la gauche, par la grâce des bien-votants, se trouve rétablie dans sa légitimité transcendantale. On en reste longtemps halluciné, comme Alice devant le sourire en lévitation du Chat de Chester quand le Chat lui-même s’est volatilisé et que seul son sourire demeure suspendu entre les branches d’un arbre.
On tourne autour, on cherche derrière, il n’y a plus personne, il n’y a jamais eu personne. Il n’y a que ce sourire qui boit du petit-lait, très au-dessus des affaires du temps, indivisé en lui-même, autosuffisant, autosatisfait, imprononçable comme Dieu, mais vers qui tous se pressent et se presseront de plus en plus comme vers la fin suprême.
C’est un sourire qui descend du socialisme à la façon dont l’homme descend du cœlacanthe, mais qui monte aussi dans une spirale de mystère vers un état inconnu de l’avenir où il nous attend pour nous consoler de ne plus ressembler à rien.
C’est un sourire tutélaire et symbiotique. Un sourire en forme de giron. C’est le sourire de toutes les mères et la Mère de tous les sourires.
Quiconque y a été sensible une seule fois ne sera plus jamais pareil à lui-même.
Comment dresser le portrait d’un sourire ? Comment tirer le portrait d’un sourire, surtout quand il vous flanque une peur bleue ? Comment faire le portrait d’un sourire qui vous fait mal partout chaque fois que vous l’entrevoyez, mal aux gencives, mal aux cheveux, aux dents et aux doigts de pieds, en tout cas aux miens ?
Comment parler d’un sourire de bois que je n’aimerais pas rencontrer au coin d’un bois par une nuit sans lune ?
Comment chanter ce sourire seul, sans les maxillaires qui devraient aller avec, ni les yeux qui plissent, ni les joues ni rien, ce sourire à part et souverain, aussi sourd qu’aveugle mais à haut potentiel présidentiel et qui dispose d’un socle électoral particulièrement solide comme cela n’a pas échappé aux commentateurs qui ne laissent jamais rien échapper de ce qu’ils croient être capables de commenter ?
C’est un sourire qui a déjà écrasé bien des ennemis du genre humain sous son talon de fer (le talon de fer d’un sourire ? la métaphore est éprouvante, j’en conviens, mais la chose ne l’est pas moins) : le bizutage par exemple, et le racket à l’école. Ainsi que l’utilisation marchande et dégradante du corps féminin dans la publicité.
Il a libéré le Poitou-Charentes en l’arrachant aux mains des Barbares. Il a lutté contre la pornographie à la télé ou contre le string au lycée. Et pour la cause des femmes. En reprenant cette question par le petit bout du biberon, ce qui était d’ailleurs la seule manière rationnelle de la reprendre ; et de la conclure par son commencement qui est aussi sa fin.
On lui doit également la défense de l’appellation d’origine du chabichou et du label des vaches parthenaises. Ainsi que la loi sur l’autorité parentale, le livret de paternité et le congé du même nom. Sans oublier la réforme de l’accouchement sous X, la défense des services publics de proximité et des écoles rurales, la mise en place d’un numéro SOS Violences et la promotion de structures-passerelles entre crèche et maternelle.
C’est un sourire près de chez vous, un sourire qui n’hésite pas à descendre dans la rue et à se mêler aux gens. Vous pouvez aussi bien le retrouver, un jour ou l’autre, dans la cour de votre immeuble, en train de traquer de son rayon bleu des encoignures suspectes de vie quotidienne et de balayer des résidus de stéréotypes sexistes, de poncifs machistes ou de clichés anti-féministes. C’est un sourire qui parle tout seul. En tendant l’oreille, vous percevez la rumeur sourde qui en émane et répète sans se lasser : « Formation, éducation, culture, aménagement du territoire, émancipation, protection, développement durable, agriculture, forums participatifs, maternité, imaginer Poitou-Charentes autrement, imaginer la France autrement, imaginer autrement autrement. »
Apprenez cela par cœur, je vous en prie, vous gagnerez du temps.
Je souris partout est le slogan caché de ce sourire et aussi son programme de gouvernement. C’est un sourire de nettoyage et d’épuration. Il se dévoue pour en terminer avec le Jugement Terminal. Il prend tout sur lui, christiquement ou plutôt ségolènement. C’est le Dalaï Mama du III e millénaire. L’Axe du Bien lui passe par le travers des commissures. Le bien ordinaire comme le Souverain Bien. C’est un sourire de lessivage et de rinçage. Et de rédemption. Ce n’est pas le sourire du Bien, c’est le sourire de l’abolition de la dualité tuante et humaine entre Bien et Mal, de laquelle sont issus tous nos malheurs, tous nos bonheurs, tous nos événements, toutes nos vicissitudes et toutes nos inventions, c’est-à-dire toute l’Histoire. C’est le sourire que l’époque attendait, et qui dépasse haut la dent l’opposition de la droite et de la gauche, aussi bien que les hauts et les bas de l’ancienne politique.
Un sourire a-t-il d’ailleurs un haut et un bas ? Ce ne serait pas démocratique. Pas davantage que la hiérarchie du paradis et de l’enfer. C’est un sourire qui en finit avec ces vieilles divisions et qui vous aidera à en finir aussi. De futiles observateurs lui prédisent les ors de l’Élysée ou au moins les dorures de Matignon alors que l’affaire se situe bien au-delà encore, dans un avenir où le problème du chaos du monde sera réglé par la mise en crèche de tout le monde, et les anciens déchirements de la société emballés dans des kilomètres de layette inusable.
Quant à la part maudite, elle aura le droit de s’exprimer, bien sûr, mais seulement aux heures de récréation. Car c’est un sourire qui sait, même s’il ne le sait pas, que l’humanité est parvenue à un stade si grave, si terrible de son évolution qu’on ne peut plus rien faire pour elle sinon la renvoyer globalement et définitivement à la maternelle.
C’est un sourire de salut public, comme il y a des gouvernements du même nom.
C’est évidemment le contraire d’un rire. Ce sourire-là n’a jamais ri et ne rira jamais, il n’est pas là pour ça. Ce n’est pas le sourire de la joie, c’est celui qui se lève après la fin du deuil de tout.
Les thanatopracteurs l’imitent très bien quand ils font la toilette d’un cher disparu. »
Philippe Muray, 2004


ps: la semaine prochaine, mise en ligne du poème de P. Muray intitulé"Tombeau pour une touriste innocente"

dimanche 10 octobre 2010

Retraites et 2012: un Coca ou un PepSi Cola?

Confidences entre oligarques

Est –il nécessaire de vous rappeler l’information reprise par les médias concernant le rapport du FMI dirigé par le socialiste français Dominique Strauss Khan, concernant le dossier du financement des retraites qui affirme « qu'un recul de l'âge de la retraite est préférable à une baisse des pensions » avant de poursuivre « qu’une hausse de deux ans de l'âge légal de la retraite suffirait à stabiliser les dépenses pour les retraites exprimées en part du PIB à son niveau 2010 sur les deux prochaines décennies".
DSK et Sarkozy évoluent tous deux « dans le cercle vertueux du domaine des possibles » comme pourrait l’écrire Alain Minc, cet autre penseur du social.
Mes chers Compatriotes, vous le savez, les cocus de 1981 et 1997 le furent à posteriori.
Ceux qui voteront pour le PS en 2012, soit parce qu’ils ont une mémoire de poisson rouge ou sont atteints de cette maladie infantile que l’on nomme « socialisme », ne pourront pas prendre la même posture dès les premières trahisons post électorales. Les faits les auront prévenus suffisamment à l’avance.
Alors, réformes des retraites ou 2012, un Coca ou PepSi Cola? 
C.D